RÉACTION. Tous les acteurs du logement social ne s'opposent pas à l'obligation de concours d'architecture. C'est notamment le cas de Michèle Attar, directrice générale de Toit et joie (groupe Poste habitat).

L'obligation de concours d'architecture qui concerne les organismes HLM est sur le point d'être supprimée par le Gouvernement, via le projet de loi Elan. Cette issue serait notamment le résultat de demandes de l'Union sociale pour l'habitat, fermement opposée à cette obligation. Mais ceci ne doit pas faire oublier que de nombreux acteurs du logement social soutiennent ce dispositif. C'est notamment le cas de Michèle Attar, directrice générale de Toit et joie (groupe Poste habitat), qui a publié une tribune allant dans ce sens sur le site du Conseil national de l'ordre des architectes (Cnoa).

 

Contactée par Batiactu, elle expose ses trois arguments principaux. "La procédure de concours a tout d'abord l'avantage de donner des garanties à la commande publique", nous explique-t-elle. "Quand on sait le montant des honoraires qui sont en jeu dans un certain nombre de cas (et en particulier sur les opérations de réhabilitation lourde) cette garantie de transparence n'est pas mal venue", précise-t-elle dans sa tribune.

 

Défendre la qualité architecturale


L'autre atout du dispositif, selon elle, est le fait que des critères clairs soient affichés dans la consultation. Ainsi, "la règle du jeu est claire". "Par exemple, en cas de réhabilitation en site occupé, nous choisissons les architectes en fonction de leur capacité à entrer en contact avec les locataires", détaille Michèle Attar. "Le planning de chantier n'est pas le même s'il s'agit d'un jeune couple ou de personnes âgées. Ce contact n'est pas que l'affaire des entreprises, et l'architecte doit avoir une capacité d'empathie avec les habitants."

 

 

Enfin, troisième axe - "tellement évident" pour Michèle Attar -, celui de défendre la qualité architecturale. "Au-delà de cet enjeu, j'insiste également sur le plaisir que nous avons à participer aux jurys de concours", ajoute-t-elle. "Cela m'a permis de recevoir de magnifiques cours d'architectures, car il est toujours intéressant d'écouter un architecte vous exposer son cheminement. Leur faire passer un oral nous permet parfois de ne pas passer à côté de certains projets, qui ne nous avaient pas plu au premier coup d'œil."

 

Les concours auraient aussi le mérite de réunir tous les acteurs autour d'une table - un argument déjà avancé par le Conseil national de l'ordre des architectes. "Ce brassage des regards, notamment en incluant les élus, est très intéressant et constructif", témoigne Michèle Attar.

 

"Ce ne sont pas deux ou trois mois pour monter un jury qui nous font perdre le plus de temps."

 

Mais le concours d'architecture n'a-t-il pas le défaut de ralentir la mise en œuvre des projets, argument avancé par certains de ses adversaires ? "Cela n'est pas le cas. Nous mettons en moyenne cinq ans à sortir des opérations, et ce ne sont pas deux ou trois mois pour monter un jury qui nous font perdre le plus de temps."Quant à la méthode de conception-réalisation, souvent défendue par opposition à la procédure de concours, Toit et joie l'utilise parfois, mais avec des garde-fous. "Nous obligeons tout d'abord les entreprises à répondre avec plusieurs architectes, de manière à ce qu'un grand nombre d'entre eux puissent avoir accès au marché", nous détaille Michèle Attar. "Par ailleurs, nous établissons un contrat de mandataire glissant : durant la phase conception, l'architecte est mandataire, puis l'entreprise le devient lors de la phase construction."

 

"Quels que soient les projets législatifs en cours, nous poursuivrons dans cette voie en ce qui nous concerne", conclut la directrice générale dans sa tribune.